La beauté noire et la mode | Les prémisses d’un rapport amour/haine

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A l’occasion de la Fashion Week et suite aux dernières polémiques sur le faible de nombre de mannequins noirs sur les podiums, je me suis demandée quelle était la place de la beauté noire dans le monde impitoyable du mannequinat. Qui a permis aux femmes noires d’accéder au mannequinat ? Qui  furent les mannequins noirs influents ? Quelle a été leur contribution ?

Les premiers mannequins noirs ont été employés dans les rôles stéréotypés dans la promotion de produits associés à l’esclavage, au colonialisme et à la servitude. En 1918, le sud-africain Maurice Hunter est devenu le premier homme mannequin noir, gagnant plus de 25 $ par emploi pour jouer différents rôles de maîtres d’hôtels, chauffeurs et porteurs dans les annonces pour des cigarettes ou de l’alcool.

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naacp the crisis

Les journaux appartenant à des afro-américains tels que The Messenger, The Chicago Defender, Opportunity et le NAACP’S The Crisis  ont commencé à offrir de nouvelles opportunités aux mannequins afro-américains dans des publicités de produits de consommation destinés à la cible noire tels que La ligne de produits cosmétiques de CJ Walker.

 

L’émergence des entreprises de cosmétiques afro-américaines

Josephie Baker égérie de Pluko Hair Dressing

Josephine Baker égérie de Pluko Hair Dressing en 1926

Dans les années 1920,  les entreprises de cosmétiques appartenant à des noirs ont commencé à employer des actrices, des chanteurs, danseurs et choristes afro-américaines populaires, comme ambassadeur de marque, les mettant en vedette dans des publicités pour la « presse noire » spécialisée. Les mannequins noirs, qui devaient être un choix évident pour ce genre de travail, ont été exclus, car ils n’étaient pas célèbres.

La naissance des magazines afro-américains

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En Novembre 1945, le magazine hebdomadaire, Ebony fut créé. John H. Johnson a écrit dans son autobiographie, « nous avons permis de créer de nouveaux emplois pour les Noirs dans la publicité et des domaines connexes. À l’époque, il n’y avait pas les agences de publicité ou de mannequins pour noirs. Nous avons contribué à changer tout cela. Nous avons souligné l’importance d’employer des mannequins noirs. » Six ans plus tard, Jet Magazine (1951) rejoint le marché.  Ce magazine a permis de mettre en avant la beauté et le succès d’Afro-américain, il présentait des noirs  talentueux dans les affaires, le divertissement, la médecine, le droit, etc. Ce  qui a inspiré d’autres à réaliser leur rêve malgré le climat ségrégationniste. Essence Magazine, un magazine de mode pour les femmes afro-américaines, a rejoint ces périodiques  en mai 1970. Aujourd’hui, les trois magazines continuent d’attirer les lecteurs fortunés, la classe moyenne et la classe ouvrière.

JET MAGAZINE

Les magazines Afro-américains Ebony, Jet et Sepia ont permis une plus grande exposition aux premiers mannequins noirs comme l’actrice Diahann Carroll et la danseuse Juanita Hardy, la première femme de Sidney Poitier, qui ont fait la couverture d’ Ebony en 1951.

diana caroll 1962 ebony

La création d’agence de mannequins noirs

Le mannequinat fonctionnait sous un système d’apartheid depuis la création de la première agence de mannequin en à New York 1923. Les mannequins noirs étaient cantonnés à jouer des rôles de servantes dans les publicités. Les agences appartenant à des hommes blancs tels que Ford, les magazines de mode par excellence Vogue et Harper Bazaar, étaient strictement interdits aux beautés noires. Cet univers était gouverné par une infanterie de blondes nordiques. La réponse à cela fut l’entraide. Les Afro-Américains  commencèrent à créer leurs propres agences.

Agence Grace Del Marco

Agence Grace Del Marco

Ed Bandford et Barbara Wilson créèrent  Brandford Models, la première agence de mannequins noirs au monde, à New York en 1946. En 1947, l’agence Grace Del Marco, fondée par l’ex-mannequin Ophélie DeVore a emboîté le pas. En 1956, American Models compléta la trilogie. En 1954, Ebony a déclaré qu’il y avait deux cents mannequins noirs travaillant à New York.

Ophelia DeVore

Ophelia DeVore

Ils ne savaient pas que j’étais noire

Quand DeVore, une femme afro-américaine à la peau claire, commença le mannequinat à 16 ans, elle se fit passer pour une Norvégienne et signa  plusieurs contrats lucratifs en Europe. Avant 1946, les femmes afro-américaines à peau claire devaient se faire passer pour des femmes blanches  afin d’obtenir un emploi et une formation dans l’industrie de la mode. Ainsi DeVore étudia à la Vogue Modelling School en tant que  femme blanche.

Ophelia_DeVores_Ecole de mannequin noirs

Elle remplit le vide en établissant une agence de mannequins visant à créer un nouveau marché pour les femmes non blanches dans lequel elles n’avaient plus à se faire passer pour des femmes blanches afin  d’obtenir un emploi. Ses mannequins sont apparus dans les annonces pour Johnson & Johnson, Pepsi Cola et Revlon. Néanmoins, ces mannequins afro-américains ont renforcé la norme beauté anglo-saxonne avec leur peau claire et leurs longs cheveux raides. Elles ne reflétaient pas la diversité de la communauté afro-américaine. Elles ont tout de même contribué à ce que les autres modèles noirs exercent leur métier.

A cette époque, l’entraide entre mannequins afro-américains a été primordiale. Nous verrons par la suite comment certains de leurs successeurs ont réussi à pénétrer et à être prisé dans ce secteur très fermé qu’est la mode…



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8 Thoughts on “La beauté noire et la mode | Les prémisses d’un rapport amour/haine

  1. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de racisme, nottament chez les grands magazines. Ton article est complet et intéressant je trouve, le racisme est un fléau encore fragile ..

  2. Je ne m’étais amis posée la question sur l’évolution du mannequinat pour les hommes et femmes noires. Merci pour cet article très instructif et très bien écrit

  3. Le monde de la mode est vraiment un univers impitoyable et tant de différences entre les mannequins juste pour leurs couleurs de peau c’est franchement inadmissible. Je suis choqué d’apprendre que Ophelia Devore a du se faire passer pour une femme blanche pour obtenir des contrats.

  4. Intéressant merci !!

  5. Merci pour toute cette série que j’ai parcourue avec bonheur, c’est vraiment passionnant! Dans la lignée, ce serait peut-être intéressant de faire un billet sur les mannequins hommes, ou même les créateurs noirs ayant réussi à émerger dans un monde encore très caucasien.

  6. Miss BB on 14 mai 2014 at 21 h 20 min said:

    Merci, c’est une bonne idée mais je ne pense pas qu’il y ait mannequins hommes noirs ou de créateurs noirs qui provoqué un changement dans l’industrie de la mode.

  7. Tout un panel de beautés!!

  8. Toujours un plaisir de lire tes articles bien documentés !

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