Les actrices noires oscarisées pour des rôles stéréotypés

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La cérémonie des Oscars aura lieu le 28 février prochain aux Etats-Unis. Cette cérémonie vise à récompenser « l’excellence dans l’industrie du cinema mondial”. Et pourtant, cette année encore des nombreuses protestations ont lieu concernant l’absence d’acteurs noirs nominés.

Pour les acteurs et actrices noirs, il n’est pas facile de trouver du travail à Hollywood. L’industrie du film préfèrent que les noirs jouent des rôles généralement serviles, dégradants, et vulnérables. Les acteurs noirs qui jouent des rôles forts ou de premier plan sont rarement reconnus. Prenez l’exemple de Denzel Washington pour Malcom X ou Chiwetel Ojiofor pour son rôle dans12 years as a slave.

Les actrices noires en particulier, n’ont gagné un Oscar que pour des rôles stéréotypés qui ont longtemps été associés (et le sont encore) aux femmes afro-américaines.

Hattie McDaniel – La Mammy

autant en emporte le vent gone with the wind 1939 réal : Victor Fleming Vivien Leigh Hattie Mc Daniel Collection Christophel

En 1939, Hattie McDaniel est la première actrice noire à remporter un Oscar pour « Autant en emporte le Vent », en jouant une esclave appelée « Mammy ». Dans le film, Mammy est une esclave qui travaille dans la maison de la famille O’Hara. Une de ses principales responsabilités est de prendre soin des filles, et en particulier de Scarlett O’Hara. Cette image des femmes noires comme mamies en surpoids, serviteurs obéissants qui aiment, nourrissent, et sont fidèles aux Blanc est commune dans la société américaine. C’est l’un des symboles qui a façonné l’image que les Blancs attendent des femmes noires aujourd’hui. Entre 1890 et 1920, les mamies sont apparues dans les livres, les magazines et les films, les publicités, sur les menus des restaurants et des livres de cuisine, et  pour une variété de produits tels que salières et jarres à biscuits.

 

hattie daniel oscar 1939

L’histoire de mamies en tant que protectrices fidèles des enfants blancs était importante dans le sud des Etats-Unis et beaucoup d’attention a été accordée à leurs corps, telles que les descriptions de grosse poitrine et corps gras étant une source de réconfort et de soutien. La « Mammy » avait aussi la peau foncée, ce type de femmes était désexualisée et maternelle.  Le rôle de « Mammy » est un stéréotype qui dépeint les femmes afro-américaines comme une figure de serviteur, qui reflète les femmes esclaves dans le sud d’avant-guerre.

 

Whoopi Goldberg – la prêtresse vaudou arnaqueuse

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Whoopi Goldberg remporte un Oscars pour Ghost en 1990 en jouant Oda Mae Brown, une médium arnaqueuse et dont le but est de soutenir un couple blanc et d’amuser la galerie.

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Je ne critique en rien Whoopi Goldberg, c’est une de mes actrices préférées et sa performance dans ce film était magistrale. Mais les caractéristiques comiques et la supercherie de son personnage reflète le stéréotype historique des Afro-Américains. Ce stéréotype jugeant les Afro-Américains comme figure de clown.

 

Halle Berry- La Jezebel

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C’est en 2001, que la première actrice afro-américaine remporte l’Oscar de la meilleure actrice pour un 1er rôle. Dans monster’s ball, Halle Berry joue le rôle  de Leticia, une alcoolique, pauvre et épouse d’un meurtrier condamné à la peine de mort.

En outre, je ne pense pas qu’Halle Berry méritait un Oscars, sa performance était de loin moins bonne que celle de ces concurrentes. Mais je me demande aussi pourquoi d’excellentes actrices comme Dorothy Dandridge ou Angela Bassett qui ont toutes deux été nominées n’ont pas été récompensées. A-t-elle remporté la statue d’or à cause de l’effet post-11 septembre ? Ou du fait qu’elle incarne la “Jezebel”. Stéréotype qui dépeint les femmes noires comme des tentatrices aux moeurs légères et hypersexualisée.

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Ce stéréotype a été créé durant l’esclavage. Il était commun pour les femmes esclaves d’être victimes de viols durant cette époque, et les homme avait besoin de valider cet actes. Ils ont dont commencé à  étiqueter ces femmes comme des femmes aux mœurs légères, leur permettant de justifier leur acte non pas comme un viol car ces dernières désiraient cet acte sexuel et le méritaient.

Dans le film, le personnage d’Halle Berry a un rapport sexuel avec un gardien de prison blanc et raciste qui a supervisé l’exécution de son mari. C’est de loin l’une des scènes sexuelles les plus crues du cinéma américain.

L’actrice Angela Basset, a refusé le rôle de Leticia, explique dans une interview :  » je n’allais pas me prostituer dans un film. Je ne pouvais pas faire cela car c’est un stéréotype sur les femmes noires et leur sexualité.  »

 

Jennifer Hudson – la femme noire en colère

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En 2006, Jennifer Hudson gagne l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation de Effie White dans le film musical et tiré d’une histoire vrai Dreamgirls. Effie White était le leader et la meilleure chanteuse de son groupe, une femme impertinente, avec personnalité forte et des attitudes de diva.

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Au début du film, le personnage d’Hudson apparaît comme quelqu’un qui était très affirmée, argumentative et sur la défensive, ce qui reflète le stéréotype de la « sapphyre », connut de nos jours comme celui de la femme noire en colère. À la fin du film, les spectateurs se rendent compte que le désir de Effie était de prendre le contrôle de son propre destin et de son identité. La colère et la frustration de Effie a été alimentée parce qu’elle a été victime de discrimination parce que son apparence physique ne répondait pas à une idée dominante blanche.

 

Mo’Nique – “welfare queen”

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En 2009, Mo’Nique remporte l’Oscar du meilleur second rôle pour son interprétation de Mary Lee Johnston dans le film Precious. Mary est une mère au chômage qui vit grâce aux aides sociales.  Elle incarne une mère abusive et paresseuse et qui est fière de rabaisser son enfant. Refusant de laisser quelqu’un ou quelque chose, compromettent son admissibilité à recevoir l’aide du gouvernement.

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Octavia Spencer – La servante

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Octavia Spencer remporte pour le rôle Minny Jackson, une femme de chambre au franc-parler dans « the Help ». Même si la performance de Spencer est magistrale, je ne peux encore noter que les afro-américain ne sont reconnus à Hollywood seulement lorsqu’ils jouent des rôles dévalorisants.

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Lupita Nyon’go – L’esclave

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En 2014, Lupita Nyong’o remporte l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, pour le rôle de Patsey, une esclave, abusée par son maitre. Pour la première fois au cinéma, Lupita a montré l’horreur de vivait les femmes esclaves. Elle n’avait pas le personnage principal mais a littéralement volé la vedette aux acteurs principaux.

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Dans ce rôle, Lupita est extrêmement vulnérable et désespérée. Elle est fréquemment victime de viols et de coups de fouet. Les scènes sont révoltantes et difficiles à regarder. Mais Hollywood  préfère ce genre de personnages serviles pour les noirs.

 

Ces images stéréotypées peuvent être préjudiciables aux femmes noires car elles visent à généraliser les femmes afro-américaines d’une certaine façon.Pourquoi les actrices sont-elles récompensées pour ce genre de rôles ? Est-ce là une manière que de conforter la branche dominante dans l’idée d’une supériorité raciale? Se sentent-ils menacé de voir des noirs ayant des rôles valorisant ou dominant. Il a suffit de voir la réaction de certains américain suite à la diffusion du clip Formation de Beyoncé pour se demander si ce n’est pas le cas. Là où le bât blesse, c’est que cette tendance est arrivée en France avec Omar Sy qui est cantonné à joué des rôle stéréotypé.

 

3 Comments

  1. Merci pour cette article très pertinent. J’ai moi même fais ce constat il y a quelques temps … Et je tout à fait daccord avec toi. Je pense que l’image du noir qui réussit dérange …

  2. Ton article est très intéressant et bien documenté. Voyons le bon côté des choses, même si ces actrices n’ont eu que des rôles dévalorisants pour le moment, cela leur a permis de lancer ou de confirmer leur carrière, d’être connues internationalement (cf Lupita), de faire revivre des moments de l’Histoire que les Américains ont tendance à oublier et je crois que c’est cela qui motive ces actrices à accepter ces rôles. Lupita va jouer, d’ailleurs, dans une pièce à Broadway dans laquelle elle est une prisonnière pendant la guerre civile du Libéria. Peut-être que c’est encore dévalorisant mais c’est son choix. J’ai bon espoir qu’avec le temps on leur proposera des rôles de femmes fortes à la Olivia Pope. Et qu’aussi il y aura bientôt une actrice qui sera récompensée pour l’ensemble de sa carrière comme Denzel avec le prix B. DeMille. Ça va bouger !

  3. J’avais cette même réflexion il y a quelques semaines dans une discussion.
    J’ai l’impression que ce n’est qu’ainsi que le talent des noirs est reconnu. C’est fou ça!

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