Moinecha Hariti lève le voile sur la création musulmane

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Hijabs, abayas, burkinis… si l’on en croit les médias occidentaux, la mode dans les pays de culture musulmane semble se réduire au marché du voile, et pourtant… A Mayotte, Moinecha Hariti prouve, par l’extrême féminité et le glamour de ses créations que l’on est loin, très loin de la mode pudique.

D’emblée, Moinecha Hariti, lauréate du Salon de la mode de Mayotte et créatrice de la marque Hariti M met les choses au point. « Les femmes, dans les pays musulmans, sont comme toutes les autres femmes ; elles aiment la mode et apparaître sous leurs meilleurs jours, un point c’est tout. » La polémique du voile la fait sourire. « A Londres, jamais il n’y aurait eu un débat comme celui-là, dit-elle, mais de toute façon, à Mayotte, je ne me sens pas concernée. Le voile n’est pas porté pour dissimuler les formes de femmes mais au contraire, posé sur l’épaule, noué autour du cou, il rehausse leur beauté comme le faisaient les femmes les plus glamour dans les années 50 ou 60.

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Et puis comment se fait-il qu’un voile couvrant la tête soit toléré par l’opinion et les médias généralistes quand il est présenté dans le cadre d’une collection particulière ou d’une tendance et que, dès qu’une jeune femme musulmane s’en couvre la tête, même en étant (parfois outrageusement) maquillée et coquette, ou chaussée des derniers baskets tendance ou de hauts talons, l’on crie au loup ?

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« Je pense que le problème, c’est que les gens ne sont pas forcément prêts à accepter des créations qui parlent à d’autres cultures. » avance Moinecha Hariti. Et pourtant, à regarder sa collection Kachikazi 2017 , il y a de quoi regretter cet état de fait. C’est d’abord une explosion de couleurs, inspiré du lagon de Mayotte, l’un des plus beaux du monde et certainement le mieux préservé, et des teintes roue à orangé du soleil qui inonde en permanence cette petit île de l’Océan Indien.

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Autre arme secrète de Moinecha, l’art du métissage. « Pour atteindre l’élégance dans la tradition et le métissage, je m’inspire toujours du drapé du salouva et kichali, notre tenue traditionnelle, en associant des techniques et styles indiens ou occidentaux. »

Kachikazi, c’est la saison des pluies à Mayotte qui débute vers le mois de novembre jusqu’au mois d’avril, c’est aussi la période la plus chaude de l’année, d’où la légèreté des tissus que j’ai choisis : le sari indien en tulles associé au satin avec des contrastes de couleurs et de motifs brodés, la soie sauvage de l’Inde où l’uni et le brodé se croisent et se complètent.

On est donc très loin, on le voit de la mode pudique à laquelle voudraient associer beaucoup la création dans les pays de culture musulmane. Moinecha Hariti est la preuve que la réalité est toujours bien plus riche et complexe que ce que l’opinion a envie de croire.

Isabelle GAZANIA-HAAS

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