Mon blog, la blogo afro et Moi ! bilan de 8 ans de blogging

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Cela fait 8 ans que je tiens ce blog et en cette nouvelle année, je tenais à écrire un post pour faire un bilan sur mon blog, ce qu’il m’a apporté et un constat sur la blogosphère afro.

En 2009, j’ai créé mon blog avec pour idée de transmettre des recettes de beauté africaines, qui, risquaient de se perdre, le mode de transmission en Afrique étant oral.

En observant d’autres blogs et sites afro, je me suis rendue compte que beaucoup parlaient de cheveux mais pas de soin pour la peau ou de maquillage. J’ai donc décidé d’inclure cette partie dans mon blog d’autant que l’on n’en parlait pas dans les médias occidentaux. A cette époque, plusieurs marques m’ont approchée pour faire des partenariats et j’ai même reçu le prix Cosmopolitan du meilleur blog beauté du mois. Ma première confrontation à la blogosphère afro m’a laissée un goût amer. A l’époque, j’avais rencontré deux blogueuses métisses très agressives qui m’ont littéralement fait comprendre que je ne pouvais pas tenir un blog de beauté parce que d’autres bloggeuses noires en avaient déjà un. Cerise sur le gâteau, elles me reprochaient d’écrire sur les cheveux crépus alors que j’avais les cheveux défrisés. Comment osaient-elles critiquer les filles aux cheveux crépus qui se défrisent alors que dotées de cheveux bouclés, elles n’étaient pas confrontées aux mêmes difficultés pour coiffer leurs cheveux.

J’ai alors découvert les Nappex, un mouvement limite extrémiste affirmant qu’avoir les cheveux défrisés équivalait à renier sa « négritude », et qui s’attaquait violemment aux femmes qui gardaient leurs cheveux défrisés.

J’ai par la suite participé à des évènements bloggeuses, organisés par des marques. Au départ, l’ambiance était bon enfant, mais, au fur et à mesure des événements l’atmosphère est devenue pesante, je sentais un malaise. J’ai donc décidé de ne plus m’y rendre, en préférant y envoyer ma sœur.

evènement blogueuse noire

En parallèle de mon blog, j’ai créé une BD qui parlait des péripéties d’une jeune fille noires avec ses cheveux afros. J’y dessinais des anecdotes rigolotes que je vivais ou que des personnes de mon entourage me racontaient.

MISS BB A CHATEAU D'EAU 4

Au fur et à mesure du blogging, j’ai développé un intérêt pour les réseaux sociaux et le référencement. J’ai donc décidé de me rendre à Londres pour changer de carrière et travailler dans le marketing web. Mon blog m’a permis de décrocher mon 1er emploi dans ce domaine. Les entreprises étaient intéressées pas les blogueurs qui à travers leur plateforme pouvaient tester les nouveautés. J’ai dès lors posé un regard plus professionnel sur mon blog.

 

Via Twitter, j’ai fait la rencontre d’une blogueuse Anglaise de beauté noire Natalie Clue qui mettait en place un évènement mensuel « Keziah Connections » dans le but de rassembler des femmes actives, qu’elles soient entrepreneuses, journalistes ou blogueuses autour du thème de la beauté noire. Cet événement a été extrêmement bénéfique pour moi en terme de connexion ou networking. Je dirais une belle opportunité pour se créer un réseau professionnel d’échange et de soutien. J’ai d’ailleurs trouvé plusieurs missions web marketing par le biais de ce réseau.

keziah-connections

C’est alors que je me suis posé la question suivante : « Pourquoi cela n’existe-t-il pas en France ? ». Car les noirs francophones et anglophones n’ont pas la même mentalité. J’ai observé ce qu’il se passait au nouveau de la blogosphère en France au travers des forums, des réseaux sociaux et des commentaires de blogs. Et j’ai noté beaucoup d’agressivité. Pour exemple probant, j’avais posté un message sur un forum afro pour demander ce que les femmes recherchaient dans un blog beauté. Et là, une jeune femme est venu m’agresser (verbalement) en me disant que je faisais cela pour avoir des partenariats avec les marques. Pourquoi tant d’agressivité gratuite ? C’est à ce moment que j’ai compris où était le problème… Ce qui a fait changer (dans le mauvais sens) la blogosphère Afro c’est le rapport des blogueuses avec les marques, lorsque certaines blogueuses ont commencé à être rémunérées par ces dernières. Les bloggeuses se sont mise à être en compétition, une compétition féroce…

 

En 2015, une productrice de la chaîne panafricaine VoxAfrica qui suivait mon blog, m’a contactée via Twitter car elle recherchait une personne pour présenter la rubrique mode et beauté de sa nouvelle émission matinale « Barao Afrika ». Au départ, cela ne m’intéressait pas mais ma sœur m’a convaincue que c’était une excellente opportunité. Pendant 1 ans j’ai animé cette chronique, j’ai géré en parallèle les réseaux sociaux de la chaîne et j’ai même pu produire quelques émissions.

nez plat femme noire

Pour vous dire, j’ai adoré animer cette chronique, les spectateurs nous soutenaient énormément et, chose rare, l’émission n’a jamais reçue de commentaire négatif. Certains de nos téléspectateurs m’aidaient même à créer le contenu de ma chronique. Mon souvenir le plus émouvant reste ce témoignage d’une téléspectatrice qui avait arrêté de se dépigmenter la peau après avoir vu ma chronique sur les dangers de la dépigmentation. Cependant, j’ai trouvé la production beaucoup plus intéressante que l’animation car l’on peut maitriser le contenu de l’émission. Grâce à ces expériences, j’ai acquis de nouvelle compétences, telles que le montage, la présentation orale, le management, ce qui par la même occasion m’a permis d’avoir plus de confiance en moi. Cette chronique a également enrichit mon blog car elle m’a permis de développer des post plus culturels.

 

Cette même année, j’ai couvert le salon Boucle d’Ebène pour ma chronique et j’y ai découvert la blogo afro sous un nouveau jour, j’y ai retrouvé cette atmosphère bon enfant des débuts. Mais l’on m’avait prévenue, « attention ne te fais pas d’illusion, la blogo afro est pourrie ».

salon boucle d ebene

Quelques mois plus tard, j’ai organisé un évènement à Paris pour la marque de maquillage Fashion Fair (dont j’avais rencontré la directrice par le biais de Keziah Connection), comme je ne connaissais pas beaucoup de blogueuses francaises, j’ai contacté une blogueuse spécialisée dans le maquillage et une autre blogueuse. Elles m’ont toutes demandé de les payer pour participer à l’évènement, se faire maquiller et se prendre en photo. Je n’avais pas prévu de budget et d’ailleurs jetais assez choquée d’entendre cela car je ne voyais pas quel serait le retour sur investissement pour la marque.

Une petite parenthèse, j’ai appris par la suite qu’un organisateur d’évènements beauté afro Francais avait payé des blogueuses 800 euros pour 4 tweets et une séance photo. Où est le retour sur investissement pour cet organisateur ? Bref, j’ai demandé à une amie blogueuse de m’indiquer des noms de blogueuses et surtout des filles sympas car je tenais à ce qu’il y ait une bonne ambiance. J’ai d’ailleurs évité d‘inviter une blogueuse que je trouvais très agressive sur les réseaux sociaux de peur qu’elle n’agresse des invités.

Photoshoot pour @fashionfaircosmetics presenting #ChocolateRasperry #collection #FashionFairinParis #maquillage #makeup #beauty #instabeauty #FashionFair @fashionfairuk #lipstick # gloss #pinkgloss #bbloggers

Après le succès de cet évènement, j’ai décidé de mettre en place ma propre structure pour aider les marques afro anglaise à vendre leur produit en France et vice versa, par le biais d’événements blogueuses et d’autres activités connexes. Et là, j’ai été confrontée à un mur. Certaines marques ne voulaient pas travailler avec les blogueuses noires parisiennes car selon elles : « la blogo afro, c’est comme Dallas, c’est un monde impitoyable. Un groupe de blogueuse afro harcèle les marques, et les autres blogueuses afros quitte à créer de faux comptes sur Facebook. » Mon business plan était tombé à l’eau, juste à cause d’un petit groupe de jeunes femmes qui se croyaient encore au collège. J’ai vaillamment critiqué la blogosphère afro parisienne et un groupe de blogueuse s’est déchaîné et m’a accusé de jalousie (Avais-je découvert« ces fameuses bloggeuses de Dallas » ?), préférant me traiter d’envieuse plutôt que de se remettre en question sur leur comportement.

J’ai alors décidé de continuer dans le digital marketing, puis de revenir à mes premières amours le dessin que j’avais délaissé. Je me suis mise à faire des illustrations que j’ai commercialisées sous forme de cartes de vœux.

"Simply Chic", is one of the best selling #Christmascards, representing a classy #blackwoman with #twistout posing in front of #Cartier Shop in #London. Available in my shop: Link in my bio #blackwomen #afrohair #fashion #instafashion #fashionillustration #illustration #bluecoat #blackchristmascards #blackwomanart #blackwomanmagic

Mon bilan est simple, mon blog m’a permis de changer de carrière, de trouver un emploi, de me mettre à mon compte, d’animer une chronique télévisée et de faire de la production. Au niveau personnel cela m’a permis d’avoir plus confiance en moi.

Même si cela fait huit ans que je tiens ce blog, je n’ai jamais cherché à vivre entièrement de celui-ci, et surtout pas d’être une blogueuses influente ou l’égérie de marque (je préfère être derrière que devant les projecteurs). Mon but dans la vie est purement égoïste, être heureuse, préserver ma santé et être épanouie. J’ai eu la chance de faire de belles expériences sans avoir à courir après les marques ou les journalistes. J’ai eu ces opportunités car les gens connaissaient la qualité de mon travail.

De mon expérience, la blogosphère afro française est totalement opposée à la blogosphère afro anglaise. La 1ere était assez négative (à l’exception de quelques jolies rencontres) et la deuxième très enrichissante.

Je suis persuadée que certaines diront que j’ai écrit ce billet par jalousie ou méchanceté, ce qui est une réaction de défense tout à fait humaine. Ce billet est un constat qui n’est pas seulement propre à la blogosphère afro française mais aussi à la communauté noire francophone (si l’on peut appeler cela une communauté) et peu aussi s’étendre au relations entre certaines femmes au travail. Tout cela est bien dommage, car la blogosphère afro française aurait pu être un réseau de soutien et d’échange et même devenir un lobby. D’ailleurs, on m’a raconté quelques anecdotes sur ces fameuses blogueuses de Dallas que je raconterai sous forme de BD.

J’espère dans le futur pouvoir contribuer à la communauté afro en créant des empois et en continuant à améliorer la visibilité des petites marques mais je ne me concentrerai que sur le marché anglais car j’ai pu y constater une plus grande solidarité, les gens sont plus clairs, pro et honnêtes. Ils savent se projeter dans le futur et voient au sens large (sans être focalisé sur leur intérêt personnel) que ce soit au niveau de la blogo afro ou du monde professionnel (bien-sûr il y a quelques personnes comme cela en France, mais je n’en ai rencontré que peu. D’ailleurs ces personnes ont souvent eu une expérience professionnelle en entreprise et savent comment se comporter correctement). En France, beaucoup de noirs m’ont dit qu’ils allaient m’aider sous le compte de la solidarité et je me suis rendue compte qu’au final c’est moi qui les aidais sans rien en retour.

Dans le futur, j’écrirai moins sur mon blog car les internautes délaissent les blogs au profit d’Instagram et de Youtube. D’ailleurs c’est beaucoup plus rapide pour moi de poster une photo avec un commentaire sur Instagram que d’écrire un billet et avec mes différentes activités ; je n’ai plus le temps.

5 Comments

  1. C’est une très belle analyse. J’ai lancé mon blog en février 2017 (www.theafricanfactory.com) et bien que ce dernier soit totalement dédié à la communauté francophone j’ai mis un point d’honneur à le lancer depuis l’Angleterre. J’avais besoin de prendre du recul. Je bosse dans la pub et déjà en France au service des annonceurs j’ai été témoin de certains comportements que je ne jugeais pas professionnel. L’agressivité et le mensonge sont (pour moi) des tueurs de business. Je pense que si on se tourne vers des bloggueurs c’est avant tout pour avoir un point de vue honnête sur une expérience produit, marque, expo, etc. Attention donc à ne pas trop enjoliver la vérité par orgueil. Je compte sur la nouvelle génération pour dépoussiérer les codes établis par une minorité qui n’a malheureusement plus conscience des réalités, mais surtout donner un nouveau souffle à la blogosphère Afro en France.

  2. Merci pour ton commentaire, j’espere que la nouvelle generation de blogueuses sera plus professionnelle.

  3. Génial ce bilan c’est bien d’avoir pu « changer de vie » grâce à ton blog.Et puis sur la communauté noire francophone on fait quasiment le même constat. On veut aider des personnes, mettre en avant des marques et on a pas de retour.

  4. Superbe billet!!! Je suis vraiment étonnée de ce constat et stupéfaite des informations données. C’est la première fois que je vois quelqu’un parler de l’envers des blogs Afro et suis triste d’apprendre ce manque de respect et de professionnalisme. Je trouve dommage d’arreter En si bon chemin et pour que les choses changent il ne faut pas baisser les bras. Bravo à votre travail, votre honnêteté et professionnalisme.

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